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 Une question de réalisme [Jervis Tetch & Jonathan Crane]

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Jonathan Crane


MessageSujet: Une question de réalisme [Jervis Tetch & Jonathan Crane]   Mar 9 Déc - 23:40


   

   

   

   Une question de réalisme
   Jervid Tetch & Jonathan Crane



   


  Arkham Asylum, 12 Octobre 1999

Un craquement de doigt résonne dans le couloir, son regard froid et sinistre perce la douceur du matin comme on arrache les plumes d'une colombe. C'est presque comme si les néons s'étaient concertés pour que dès qu'il entre dans ce funeste couloir, ils se mettent à chanceler en chœur.

J'ouvrais la porte du bâtiment des Soins intensifs, c'est ici que j'avais rendez-vous avec mon nouveau patient. Un cas de taille dirais-je, intéressant et pathétique à souhait à un point que j'ai faillit sourire en lisant son dossier. De l'horreur mélangé aux merveilles, voilà ce que j'avais retenu de ce patient, il fallait un certain type de psychiatre face à ce type de malade. Il ne fallait pas de femme, pas de sentimental, pas de tendancieux à la pitié, pas de douceur, pas de confiance, il fallait un médecin presque  dépourvu de sentiment  et d'empathie. C'était presque comme si, cela semblait évident que mon téléphone sonne en pleines études pour que je vienne traiter ce type. Peut-être n'y avait-il pas plus terre à terre que moi, triste chose.
Je balayais le couloir du regard avec un calme morbide, les néons cliquetants sous les regards bêtes des infirmières, secrétaires et autres docteurs. La folie d'Arkham Asylum leur montait à la tête, ils ressemblaient tous, tous les jours un peu plus à des cadavres pourvus de chair, seul le mental semblait touché par cette décomposition. Je me raclais la gorge et avançais d'un pas lourd jusqu'à la secrétaire. Elle sentait le parfum à la violette et l'huile de friture, un bien étrange mélange qui me fit éternuer violemment. Je la dévisageais minutieusement, parcourant chaque trait de son visage, chaque creux camouflés par un fond de teint mal étalé qui était bien trop visible pour que je ne puisse pas faire de remarque désobligeante.

- Un physique si horrifiant ne mériterait d'être placé à un poste où il est visible, Mademoiselle ? Je lis son petit encart sur sa veste, Haway.
Elle prit un air outré et commença à écarter les lèvres sûrement pour proférer des insultes, puis posa ses yeux vitreux sur moi et reconnu le visage de celui à qui elle avait à faire.
Ce psychiatre cynique et méprisant, qui vous descend de votre piédestal en un claquement de doigt.

- Professeur Crane. Murmura t'elle doucement, je suppose que vous voulez que l'on convoque votre patient en salle de consultation ou, les clefs de sa cellule …


- Je veux que l'on emmène le patient 600 475 en salle de consultation numéro six. Dans dix minutes, pas plus tard.

Elle acquieça et je partais en direction de la machine à café, un café noir que visiblement j'étais le seul à supporter. Je regardais avec intérêt les autres psychiatres endormis, comatant devant leurs cafés refroidis et leurs dossiers à cent pages qui les blasaient chaque ligne un peu plus. Un manque de plus en plus creusé d'espoir en la vie de Gotham, en la sainteté d'esprit des êtres. Il n'y a plus d'espoir à avoir, Gotham est un trou sans fond, fait uniquement de malheurs et de cauchemars infinis. Après avoir fini ma tasse de café, je me dirigeais vers les cellules des patients, mes pas raisonnants dans le couloir affolant les condamnés à la folie qui braillait comme des monstres.


J'arrive enfin devant la porte de la salle de consultation, j'ouvre avec délicatesse la porte qui grince, témoignant de l’ancienneté des bâtiments avec brio. J'allume la lumière, le néon frémit et éclate à la figure du patient, c'est ainsi que je découvre Jervis Tetch en tenue de dingue, ligoté comme un dangereux criminel. Mon regard sinistre et froid se pose sur lui, il a l'air affolé et nerveux, un comportement de drogué en manque, je n'avais pourtant pas lu de tels choses dans son dossier. Juste «Troubles obsessionnels, troubles de la personnalité, pédophilie, violence...» et tant d'autres doux mots sifflants à mon oreille comme une valse d'horreur. Pourtant, à son physique, Tetch ne ressemblait pas à un grand criminel effroyable, encore moins à un amoureux du détournement de mineur. Je m'asseyais face à lui, sa petite taille lui donnait un air enfantin fasse à moi qui, dépassait le mètre quatre-vingt dix. J'étais comme un grand sage face à un enfant mal poli, un enfant d'un certain âge, emprisonné pour des faits graves et monstrueux. Mes lunettes glissèrent sur le bout de mon nez fin, croisant mes longues jambes afin de poser les quelques feuilles concernant le patient.

- Bonjour Monsieur Tetch, je suis le Professeur Crane, psychiatre d'Arkham Asylum. Je suis d'ailleurs votre nouveau docteur, l'autre ayant …
J'eus un léger rictus effrayant avant de prononcer la raison qui n'avait finalement rien d'amusant, sûrement était-ce du pur cynisme.

- S'étant suicidé la semaine dernière. M'enfin, nous sommes ici pour parler de vous, Jervis. Tout d'abord, je tiens à vous rappeler pourquoi vous êtes ici, en train de croupir dans une cellule sale et puant la mort. Vous avez été arrêté pour détournement de mineur et suspicions de pédophilie, vous avez été déclaré cliniquement fou par les juges, troubles de la personnalité, délires à un stade avancé selon mes conclusions après avoir lu votre dossier. Un dépersonnalisation effrayante, il paraît que vous vivez dans un autre monde.


Je m'approchais doucement de lui, plongeant mon regard azur dans le sien.

- Qui êtes-vous Jervis, où sommes nous, qui suis-je réellement ? Racontez-moi votre vie selon VOUS uniquement, pas ce qu'on vous a raconter, je veux savoir votre version Jervis et, seulement selon vous. Que pensez-vous du monde dans lequel vous vivez ? De cet asile ? Des gens que vous avez rencontré ? Pensez-vous que l'on vous ment, que l'on nous ment ? Dites-moi tout Jervis, avec moi, tout peut être dit.

   

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MessageSujet: Re: Une question de réalisme [Jervis Tetch & Jonathan Crane]   Jeu 11 Déc - 20:43










Du Thé & Des Chapeaux



Jervis Tetch se laissait trainer dans le couloir de l’asile sans même combattre. Il était nerveux aujourd’hui, un peu plus qu’à l’ordinaire. On lui avait fait comprendre qu’aujourd’hui était le jour du changement. Il n’aurait plus son médecin habituel. Le petit bonhomme n’aimait pas que l’on change ses habitudes. D’ailleurs, on venait de lui enlever son chapeau aujourd’hui, encore. On le lui avait rendu après qu’il est accepté de voir ses parents mais l’élan de tendresse qu’il avait offert à sa mère le lui en avait privé de nouveau. Pas de contact. [J’ai tellement hâte qu’elle vienne me chercher Alice, je pourrais enfin sortir d’ici ! Tu penses qu’elle viendra ? Ou ce crétin trouvera la petite idée, la sublime suggestion hypnotique derrière son oreille sale ?] A son réveil, le chapeau qu’il déposait soigneusement à côté de sa couchette avait disparu. Il avait cherché partout, même sous sa couchette et son coussin mais il n’y avait rien. Il se mit alors à hurler, frapper le sol avec ses pieds, ses poings et geindre, cela ne changea quoi que ce soit. C’était de cette manière que les infirmiers punissaient le chapelier, c’était le seul bien qu’il avait le droit de garder mais lorsqu’il dépassait certaines règles, le lendemain, son couvre-chef disparaissait. Il avait bien tenté de le garder tout contre lui lorsqu’il sentait qu’il avait été trop loin mais le résultat était le même. Le pauvre était donc aujourd’hui tout retourné et plus paranoïaque que jamais.

Il fut placé sur une chaise dans une pièce très sombre. Il tourna la tête de tous les côtés, cherchant un petit rien pouvant le consoler. On ne tarda pas à venir le rejoindre. Il entendit très nettement des bruits de pas dans le couloir et il se redressa brusquement, se débattant dans ses liens.

- Alice ? Alice, c’est toi ? Tu es là Alice ?

Jervis n’était plus que l’ombre de lui-même. Plus de chapeaux, plus de bottes, plus de jolis costumes et de théières, il était sans thé et sans Alice. Il n’avait plus qu’un pansement sur son front, sa passion dévorante et sa faiblesse de cœur. La lumière éclaira soudainement la pièce, brulant les pupilles de blond qui poussa un faible grognement. Ce ne fut pas Alice qui pénétra le lieu mais un homme tout à fait désagréable. Il vit ce grand homme, tout mince au visage fin mais carré, le dévisager avec froideur. Oh, il connaissait bien ses regards là mais certains médecins y rajoutaient une forme de pitié, ici il ne voyait rien. C’était très perturbant. Tellement qu’il baissa quelques secondes les yeux, comme un enfant prit en faute avant de les redresse, avec une figure un peu fâchée.

- Vous n’êtes pas Alice, confirma-t-il.

Il n’écouta que vaguement les paroles de cet inconnu, qui se présentait comme le docteur Crane. Un vilain docteur qui avait des choses à lui reprocher, comme les précédents. [Il ne comprend rien, rien, rien. Il veut m’enlever mon Alice lui aussi ?] Jervis prit cette fois-ci un air boudeur, s’agitant sur sa chaise. Il avait envie de hurler, de le frapper au visage, de le secouer jusqu’à ce qu’il comprenne combien il était méchant, combien il avait tort. Il se contentait de pousser quelques « », « mais… » et autres grommellements déçus. C’est là que l’interrogatoire commença. Il voulait qu’il parle ? Cela tombait bien Jervis adorait parler. Surtout de lui et d’Alice.

- Je suis ce que je suis. Je suis moi comme vous êtes vous mais dans le pays des merveilles nous ne sommes pas toujours ce que nous sommes et les choses ne sont pas toujours ce qu’elles sont.

Il disait comme si c’était l’évidence même et il le lui reprochait vivement. Pourquoi ce monde était-il rempli d’esprit aussi stupide ? Pourquoi le monde ne pouvait pas être aussi clairvoyant que lui ? [Même Alice ne voit pas ce que je vois, ce monde l’a perturbée. A notre première rencontre, elle était si mignonne et si intelligente… Je lui rendrais la raison le jour de nos retrouvailles.]

- Je suis Jervis Tetch tout comme je suis votre humble chapelier. D’ailleurs, Alice n’est pas toujours Alice. La vilaine se cache et se déguise. Elle me laisse parfois des mannequins immobiles quand je la prends dans mes bras, j’ai beau la serrer aussi fort que je peux, elle s’échappe toujours.

Les policiers étaient déjà tombé sur les cadavres de jeunes filles blondes, mortes étouffés par les élans trop passionnés du pauvre Jervis qui n'avait cherché qu'a les câliner ou à bloquer les adolescentes qui se débattaient sous ses baisers.

- Ou alors, on me la prends. Il se mit alors à rugir. La garce, elle se joue souvent de moi ! Puis il ajouta dans soupire rempli de sous-entendus : ...mais c’est ma Alice. Qu’importe si dans ce rêve-là, elle prend le nom de Julie ou d’Eloïse.

Jervis s’agita de nouveau, s’enflammant brusquement.

- Je sais que vous voulez m’empêcher de la voir, vous voulez ruiner ma vie. Vous vivez tous dans un rêve mais vous ignorez tout cela. Je ne veux pas jouer à votre jeu, je ne veux pas rester ici. Il gémit doucement, le regard soudainement dans le vide. Je veux le bruit tranquille du thé qui se versent dans une tasse creuse, les rires de Alice… Et je veux mon chapeau !

Il poussa quelques lamentations, mais sans larme, comme un gamin faisant un caprice, faible comme un petit enfant. Un enfant de vingt-sept ans.

- Ni ce pauvre chapelier ni Jervis ne peuvent voir Alice à cause de vous. Vous êtes aussi ridicule que les roses blanches que l’on peint en rouge. Vous jouez le jeu du docteur au lieu de profiter d’un rêve merveilleux. Pourquoi vous ne nous laissez pas être tranquilles ? Et où est mon chapeau ?! Vous êtes un voleur ! Ô ma Alice, laisse-moi jouer aussi. Ils sont si méchants ici. Ils me frappent même parfois. Ce bon Jervis en a assez. Je veux partir.

Est-ce que le pauvre diable aurait pitié d'une créature comme lui ou serait-il fasciné par les doubles sens qu'il jetait dans la conversation sans même les comprendre ?




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MessageSujet: Re: Une question de réalisme [Jervis Tetch & Jonathan Crane]   Jeu 25 Déc - 23:12


 

 

 

  Une question de réalisme
  Jervid Tetch & Jonathan Crane



 

«Vous n'êtes pas Alice» cette phrase fit sourire le docteur, sûrement ceci aurait pu le faire paraître plus sain ou plus amical, mais non. Son sourire qui était aussi rare que les perles noires le rendait plus effroyable. Bien sûr qu'il n'était pas Alice, voyons, car si il l'était, tu serais moins attiré pour la traquer.


Je laissais s'afficher un sourire quelque peu sournois malgré le fait que je sois très difficilement perturbable durant mon travail. Mais cette phrase, c'était l'apogée du manque de lucidité mais également le témoignage que visiblement, il n'était pas à cent cinquante pour cent mentalement délirant. Je me calmais et m'enfonçais paisiblement dans la chaise en bois pour observer mon patient peu à peu s'effondrer dans ses frasques. J'admirais à quel point son monde visiblement merveilleux trahissaient ses plus profondes et sinistres pensées, une attirance un peu trop violente pour les jeunes femmes blondes qui allait jusqu'au crime passionnel. Le dédoublement de personnalité était une maladie qui m'intéressait plus particulièrement, l'effet de voir de ses propres yeux deux êtres se battre dans un pauvre corps tel un combat sanguinaire, un conflit de tirades d'opéra me touchait, pire, m'intriguait. Mais après tout, tant de gens cachent ce qu'ils sont réellement que, techniquement, qui peut dire 'Je sais pertinemment qui je suis' et ajouter 'je suis totalement sain et lucide' ? Nous cachons tous quelque chose, nous sommes tous donc deux. A différents degrés, il est vrai mais, ce fait reste intéressant.

Revenons à ce cher Jervis Tetch qui se bat, glaive contre folie, tel la plus pâle copie de Don Quichotte contre l'imagination de Lewis Caroll. Je reste silencieux, plissant souvent les yeux pour mieux voir à qui je m'adresse, son visage change d'expression comme de robe, il change de masque aussi facilement qu'un acteur.
Pendant qu'il me parle, je feuillette son dossier plus en profondeur, étudiant ses actes criminels avec une grande attention. L’obsession. Un trait si agrippé à lui. Il est obsédé par ces jeunes filles au point de devenir paranoïaque. La frontière entre la réalité et la folie est faible et ce cher monsieur Tetch oscille entre les deux, comme un funambule sur son fils, il tangue entre lucidité et aliénation. Je note toutes mes pensées sur un petit carnet, laissant mes lunettes glisser sur mon nez.

- J'aimerais savoir quelque chose Jervis, pourquoi pensez-vous que nous vous voulons du mal ? Peut-être que vous vous trompez… Qu'en pensez-vous ? Peut-être que quelqu'un dans votre esprit vous manipule, vous dit des choses étranges qui sifflote 'ils disent n'importent quoi voyons'. Avez-vous ces impressions, parfois ? Que l'on vous parle alors que vous êtes seul ? Ou peut-être y a t-il quelqu'un que vous voyez bien, un… chat peut-être ? Sourire carnassier et devinettes étranges. Voyez-vous des choses que les autres ne voient pas ?

Ma technique était simple : lui faire dire des choses en lui faisant croire que je suis comme lui, cela marche pour les cas les plus fragiles certes, mais je posais quelques doutes. Souvent, cette technique fonctionnait chez les enfants, 'je sais ce que tu vis' était quelque chose de rassurant chez eux, ils croient qu'on les comprend, mais au final, ce n'est qu'un outil banal pour les analyser. L'une de ses paroles a attiré mon attention, le ridicule. Il est aussi naïf qu'un enfant en bas âge, croyant que je ne suis que le docteur qui offre un bonbon à la fin de l'entrevue.

- Vous savez mon cher Jervis, nous cachons tous quelque chose, personne ne se connaît. Peut-être ne suis pas que psychiatre, peut-être que vos Alice ne sont pas que Alice, mais vous, votre double-je vous fait faire des choses malsaines vous savez. Êtes-vous conscient de ce que vous faites ?
Mes paroles se font plus mauvaises, je m'approche légèrement du patient en montrant à celui-ci des photographies prises sur certaines scènes de crimes.

- Que voyez-vous ici ? Des jeunes filles mortes, aussi froides que le poulet dégueulasse qui traîne dans les frigidaires des cuisines de l'asile ou juste, Alice qui dort ? Dans ce cas là, ne la trouvez-vous pas mal polie ? Dormir et jamais ne se réveiller… c'est étrange vous ne trouvez pas ?
Je me redresse alors, imposant toute ma stature d'épouvantail. Une feuille tombe et pourtant, elle ne perturbe pas nos regards qui se croisent sans jamais se lâcher. Je devine que derrière son allure d'enfant mal élevé qui a pourtant passé l'âge de faire des caprices au supermarché  se cache quelqu'un d'intelligent, il cache trop bien ce jeu mais je veux le trouver et malheureusement pour lui, je trouve le moyen de m'installer dans un sujet qui est ma passion.

- Est-ce votre enfance que vous avez peur d'oublier ? Peur de perdre l'innocence et l’insouciance de l'enfance, j'ai d'ailleurs cru entendre que vous n'aimez pas voir vos parents régulièrement, comme un adolescent borné qui se croit invincible. Mais après tout, vous vous êtes créé une nouvelle famille dans votre monde merveilleux, autres qu'Alice je pense ? Imaginez. Vous avez un choix cornélien à faire, le choix entre ce monde et.. .Alice ? Perdre votre monde parfait mais voir la réalité, ce qu'est réellement une femme, une Alice qui vieillira et qui finira par devenir sénile et insupportable ? Ou perdre le risque de finir déçu par cette demoiselle mais rester dans les merveilles ... Que choisiriez-vous ?
Je ravale doucement ma salive, croisant mes longues jambes et étalant ma main squelettique contre ma joue. Je regarde avec attention Jervis pour ne rien louper de sa réaction à ma prochaine question qui, je le savais, s’abattrait comme une guillotine sur lui.

- Avez-vous peur de perdre Alice, Jervis ? De ne plus jamais la voir, de ne plus la retrouver ? Peur de perdre ce monde dans lequel vous êtes tranquillement enfermé ? Imaginez que votre Pays des Merveilles disparaisse à tout jamais … Avez-vous peur de ça, Jervis ?


 

  © Jawilsia sur Never Utopia

 




Il y a des entités, — des choses incorporelles, ayant une double vie,
laquelle a pour type cette dualité qui ressort de la matière et de la lumière,
manifestée par l’ombre et la solidité. Il y a un silence à double face, — mer et rivage, — corps et âme.
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MessageSujet: Re: Une question de réalisme [Jervis Tetch & Jonathan Crane]   Mar 30 Déc - 15:47










Du Thé & Des Chapeaux



Jervis gesticulait sur sa chaise inconfortable, gémissant et couinant sa détresse comme un simple gosse capricieux même si la frustration était bien plus profonde ici. Il ne pouvait satisfaire aucun de ses délires enfermés à Arkham. Il n’avait ni thé ni Alice et désormais plus de chapeau. Il n’était plus qu’un homme rongé par des obsessions inassouvis, le rendant de plus en plus instable et surtout plus enclin à la parole puisqu’il avait besoin d’exprimer sa détresse. Heureusement que le petit bonhomme portait la fameuse camisole car il était dangereux, c’était une chose certaine. Jervis se voyait déjà [ENFONCer SA TêTE daNS une THEIhère]. Il n’avait aucune confiance aux docteurs et il était certain qu’ils lui cachaient des choses. Peut-être même avait-il où était Alice. Le jeune homme recommençait sa paranoïa, imaginant que le docteur qu’il venait à peine de rencontrer était déjà contre lui. Un regard si froid ne pouvait qu’indiquer le pire. [Il travaille pour la reine, sans doute ! Pauvre, pauvre Alice. Où est mon Alice ?] L’homme finit par lui répondre d’une voix tout à fait tranquille. Ou plutôt le questionna encore mais si ses questions étaient dites comme s’ils lisaient en lui. Ses questions étaient comme une vérité qu’il disait tout haut, il lui demandait juste de confirmer ou  d’expliquer. Il cherchait à le comprendre [pour de vrai ? Non non non, il est comme tous les autres ! Méchant, vil, aussi bête qu’un lapin et il m'a volé mon chapeau]. Cependant, il répondit, trop chagriné pour garder le silence.

- Vous m’avez pris mon chapeau. Mon beau chapeau. Pire, vous ne me laissez pas voir Alice. Je dois la voir, elle a besoin de moi. Elle si petite, si coquine. Elle ne peut pas rester toute seule au Pays des Merveilles voyons ! Vous ne comprenez rien de rien. Je décide tout seul ! C’est vous le trompeur et le chat aussi mais… Vous le connaissez ? Il fut un peu surpris en réalisant ceci et rajouta, plus vif : il ne sourit même plus et le Lièvre de Mars n’est toujours pas venu pour prendre le thé. Il est en retard ou je suis en retard ? Le pays des Merveilles est bien triste ici mais vous faites semblant de le voir, trop plongé dans vos propres rêves. Venez dans le mien, Alice s’y sentait très bien avant de jouer à cache-cache ! Elle adore les jeux vous savez et moi j’adore jouer avec elle entre deux tasses de thé. Vous avez du thé ?

Question innocente alors que le docteur se rapprochait un peu plus de lui. Il le regarda dans les yeux, cherchant à comprendre l’idée qu’il avait dans la tête. Alice ? Il voulait lui montrer Alice ? Il ne comprenait que la moitié de ses paroles avant de voir les photographies de plusieurs jeunes filles. Certaines semblaient presque paisibles dans leur petite robe bleue et blanche. D’autre fillettes étaient couvertes de sang, trahissant la rage passionnée de Jervis Tetch.


Il fut tout de suite paniqué et au bord des larmes, cherchant à s’éloigner des images qui lui faisaient mal à la tête. Des souvenirs ? Il se débattait si fort que le vieux pansement sur son front finit par se décoller et tomber sur la table. La chaise sur lequel il était assis se décala légèrement mais assez pour lui cacher la vision de ses meurtres.

- Non non non, je ne connais pas ces gens ! Non, Ce n’est pas Alice ! Alice a de belles joues roses, de beaux cheveux blonds… Et elle n’est pas couverte de sang ! Elle n’est pas couverte de sang ! Répéta-t-il encore plus fort. Ce sont des mannequins, c’est pour de faux ! Alice aime jouer. Elle s’enfuit parfois, je vous l’ai dit. Non non non, je ne veux pas voir ça ! Où est Alice ? Sa voix se fit brusquement plus tranquille, presque chantante malgré qu’il tremblait de tout son corps. Alice, où te caches-tu ? Montre-toi, allez. Il ne faut pas bou-der. Ne m’oblige pas à cri-er.

Tantôt il disait ignorer tout des fillettes qu’il voyait, tantôt il affirmait qu’il ne s’agissait que d’une astuce d’Alice pour continuer leur jeu plus longtemps. « Pour de faux », parole bien enfantine dans la bouche d’un homme mais était-ce vraiment curieux si cette bouche appartenait à Jervis Tetch ? Le chapelier n’osait même plus regarder le docteur, préférant se complaire dans sa fiction, cherchant du regard la fillette qui se serait caché dans la pièce.

- Chut, j'ai cru entendre Alice. Il tendit l’oreille une seconde mais finit par reposer un regard craintif vers le docteur. Quand les adultes s’en mêlent, c’est toujours laid. Ils ne m’ont jamais compris et ils n’aiment pas Alice, ni le chapeau ni même le thé ! Je suis le Chapelier et Jervis, c’est simple, c’est simple comme une tasse de thé ! Alice me comprend depuis toujours mais elle est partie. Ohhh, Alice, où est mon Alice ? Je veux mon Alice. Je ne comprends pas vos questions, mentit-il. Alice est une brave fille et même si elle me joue des vilains tours, je l’aiderais à se souvenir de nous ! Elle se souviendra de moi et tout redeviendra comme avant et on se débarrassera enfin de la Reine et du Jabberwocky !

Il se tut soudain. [Han, et si la Reine Rouge m’avait entendu ? Il le fait exprès. Il veut que je me fasse couper la tête ! Tais-toi Jervis, Tais-toi !] Il s’accrochait terriblement à ses illusions qui étaient pour lui sa seule réalité. La réalité si fade, si mauvaise et si cruelle envers lui. Il le savait depuis l’enfance. Depuis que sa mère lui avait compté l’histoire d’Alice. Il était le Chapelier. Bien sûr, ils lui ont dit d’oublier ses sornettes et le blondinet s’était dirigé vers les sciences de l’esprit humain et il avait compris. [Mon rêve était si noir, si triste, si sombre et puis un jour, le rêve a changé, tout est devenu plus colorés !] Tout le monde était dans un rêve et grâce à ses chapeaux, il pouvait les envoyer dans d’autre plus à son gout. Il pouvait changer les envies, les rêves et les peurs des gens juste avec de la chimie et des lapins. Il pouvait faire retrouver ses souvenirs à Alice. Il pouvait faire en sorte qu’enfin tout le monde voit ce qu’il voit. Pourtant, à ce moment précis, c’était le docteur Crane qui avait pointé du doigt ce qu’il voyait. La peur intense de perdre son monde, sa réalité à lui et non celle des autres et pire encore, de perdre Alice. Il ouvrit la bouche avant de la refermer, soudainement silencieux. Il pleura alors. [Ils ne peuvent pas tout m’enlever. Ils peuvent me retirer Alice et mon chapeau, me priver de thé mais jamais définitivement. Je les retrouverais tous et on retournera à la Tea Party que nous avons arrêté. Elle va venir me chercher. Il faut juste être patient, patient. Oh, elle est en retard !] Il finit par dire tout bas.

- Si le monde n'a absolument aucun sens, qui nous empêche d'en inventer un ? Au Pays des Merveilles, rien ne meurt et tout se transforme. Vous ne le saviez pas ? Même Absolem. Wonderland, jamais n’aura de fin. Se sera juste le commencement d’un nouveau rêve. Il soupira tristement, frottant son épaule contre sa joue pour sécher ses larmes. Oh Alice me manque tellement. Je veux sortir d'ici. Je dois la retrouver ! Qu'est-ce que vous voulez ?

Il plissa les yeux, semblant réfléchir intensément.




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MessageSujet: Re: Une question de réalisme [Jervis Tetch & Jonathan Crane]   Mer 7 Jan - 18:32


 

 

 

  Une question de réalisme
  Jervid Tetch & Jonathan Crane



 

Silence ! Petite chose meurtrie, ton discours sans logique risque de lui faire perdre patience et, toi, tu es pourtant bien placé pour parler de dualité. Peut-être es-tu le Chapelier dehors, mais ici, tu n'es que le Chaperon Rouge et lui le Grand Méchant Loup.




Je relève la tête, soupirant légèrement montrant tout mon énervement soudain. J'aimais les cas compliqués, les bipolaires et les schizophrènes, moins lorsqu'ils sont plaintifs à souhait. Des larmes et des reniflements incessants, sonnant comme l'enterrement d'un rêve face à une réalité sinistre et putride. Je passe ma main dans mes cheveux et essaye de me concentrer de nouveau, il le faut, si je m'énerve, ce pauvre garçon croupira jusqu'au restant de ses jours dans une cellule au fond d'un couloir de l'asile, sous calmants H24, une camisole trop serrée, de la nourriture par perfusion. Monsieur Crane, vous êtes vraiment quelqu'un de mauvais parfois ! Tout le monde est mauvais. Il n'y a qu'à voir ce pauvre homme désenchanté, qui paraît bien sympathique aux premiers abords, bien loin du tueur en série de jeunes filles qu'il est. Fétichisme, obsession et crime passionnel, un cocktail violent et sombre, digne d'un roman noir que l'on trouve au plus haut étage d'une bibliothèque. Les apparences sont bien trompeuses et je m'y connais dans ce domaine, hélas. Disons que ces connaissances font mon sinistre charme pour les embaucheurs de psychiatres.

J'écrase la pointe de mon stylo plume contre la feuille où est écrits maintes réflexions, dires et suppositions à propos de Jervis Tetch. Il fallait tirer encore des ficelles enfouies, les photos de ses crimes l'ont certes fait réagir d'une manière que je ne prévoyais pas vraiment mais, j'espérais bien finir par trouver ce qui le fera prendre conscience de ce qu'il est. Je prends soin de bien mettre les photos d'horreur les unes à côté des autres, visibles, bien rangées sans même montrer une once de pitié ou de dégoût.  Je laisse le silence planer, m'enfonçant dans mon siège les jambes et bras croisés.


- Si je vous parle de Caroline Werner ? Agathe Steven ? Marie Ghiberti ? Sandra Liddell ? Ces prénoms ne vous disent absolument rien ? Pourtant ... regardez bien ...
Je me penche sur les photos et les désigne une par une du doigt, observant les images par dessus mes lunettes rondes.

- Cette jeune fille ici, étranglée et les yeux encore grands ouverts, ce n'est personne d'autre que Marie. Marie ? Alice ? Regardez cette tenue. Cette robe bleue et ce tablier blanc, pire ! La demoiselle est blonde comme les blés, c'est ce qu'on dit ses parents lorsque les recherches ont été lancées. C'est horrible n'est ce pas ? Elle, elle et elle ressemblent tellement à Alice qu'il est difficile de ne pas se tromper... Pensez-vous que ...
Je me redresse, prenant un air interrogateur et suspicieux.


- Alice fait semblant ? Vous pensez qu'elle serait capable de vous faire ça ? Faire semblant d'être mort, ce n'est pas une blague à faire, cela m'étonnerait qu'une enfant d'à peine 10 ans puisse penser à ça ... Hm ?

Je relève un sourcil et commence à faire ce geste qui fait gagater de stupeur les trois quarts de la population arkhamienne qui m'a rencontrée : mes deux longues mains fines, posées sur mes jambes croisées, les phalanges de mes doigts crochus s'écrasant délicatement les unes contre les autres à la fréquence du rythme cardiaque de Jervis.  Il a peur et ceci n'est sûrement pas bon signe pour lui, je l'observe attentivement, j'observe son cou maigre, on peut y voir si on y prête attention, sa jugulaire qui fait des bonds. Il cligne des yeux plus rapidement que nécessaire, il ravale sa salive avec trop de conviction et ses mains, vont sans le remarquer attaquer au tissus de sa tenue de prisonnier.


- Inventez le monde que vous voulez Jervis, faite croire à tout le monde que vous êtes plus bête que vous l'êtes réellement. Vous savez, j'ai fait des recherches sur vous, votre passé. Vous avez été chercheur en micro technologie à Wayne Entreprises, joli métier. Mais ceci prouve que vous êtes quelqu'un d'intelligent Jervis, de plus, vous savez manipuler les gens pour qu'ils entrent dans votre cercle vicieux et j'ai presque faillit tomber dans le panneau du 'Je ne comprends pas vos questions'...  C'est difficile de me mentir vous savez...


Il fallait instaurer un climat de peur pour libérer ce qu'il est en réalité, une technique que j'appréciais et que je maîtrisais avec simplicité, tout le monde redevient soit-même face à une angoisse, tout le monde fait tomber son masque. Je me lève alors faisait légèrement grincer la chaise sur laquelle j'étais posé, je me dirige lentement vers la porte et à toute attente lock le verrou. Un bruit sec et effrayant retentit dans la pièce, je regarde alors Jervis tapit dans l'ombre comme une pauvre vermine. Je retourne m'asseoir et sort de l'intérieur de ma veste une petite seringue et commence à la faire tournoyer entre mes doigts.


- Je vais vous parler de réalisme, Jervis. Je continue à regarder la seringue entre mes mains puis, regarde mon patient. Je vais vous expliquer ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, de un, vous et moi sommes réels. Le Pays des Merveilles ne l'est pas. Votre crainte actuelle que je perçois facilement est réelle, votre trait 'abruti fini' ne l'est pas. Ces petites filles mortes sont réelles, Alice du conte n'existe pas. Le fait que vous êtes un criminel et que vous avez assassiné ces enfants est réel, votre soit disant innocence, ne l'est pas. C'est une ... question de réalisme voyez-vous et ce n'est pas pour dire que je suis heureux que tout ce qui n'est pas réel ne l'est pas. Biensûr que je préférais vous dire que ces meurtres ne sont qu'un jeu et que je suis votre Lièvre de Mars. Mais la réalité est ...

Je me penche doucement vers Jervis et plonge mon regard froid dans le sien, ne lui laissant aucune échappatoire.


- Que nous sommes à Gotham, ville du crime et de la dépravation, vous êtes Jervis Tetch, actuellement enfermé à l'asile d'Arkham pour une liste de pathologie mentale qui, à mon sens ne pourra jamais être guérie entièrement. Vous êtes un dangereux psychopathe en besoin de se faire soigner de son obsession et de ses pulsions machiavéliques. Vous et vous seul avez tué plus d'une dizaine de jeune fille car elle ne se comportait pas comme celle de vos rêves, celle de vos rêves n'existe pas et c'est, je suppose pour ça que vous avez peur de la réalité. Plus je vous parle de ça plus vous frémissez, comme si je vous jetais la terre au visage pour vous enterrer vivant..
.

Je reprends ma position initiale et plisse légèrement les yeux, la pénombre s'étant installée, montrant que le temps dehors avait reprit son habitude, la pluie venant brusquement s'écraser sur les fenêtres à barreaux de l'asile. Les aiguilles de l'horloge montraient qu'une heure était passée depuis mon arrivée ici, malheureusement, pour Jervis, je n'étais pas contre le fait de sauter la pause déjeuner pour une consultation.


- J'aimerai savoir une chose Monsieur Tetch, une chose à laquelle j'aimerai que vous répondiez sérieusement et intelligemment, c'est à dire sans me mentir car je le saurai tôt ou tard ... Quel est votre pire cauchemar ?



 

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laquelle a pour type cette dualité qui ressort de la matière et de la lumière,
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MessageSujet: Re: Une question de réalisme [Jervis Tetch & Jonathan Crane]   Lun 9 Fév - 10:28










Du Thé & Des Chapeaux



Jervis regardait les photographies malgré lui, les yeux écarquillés. Tous ces prénoms, tous ces visages, cela lui semblait si loin et douloureux à la fois, comme une vieille blessure qu’il venait vous titiller les jours de pluie. Elles n’étaient pas Alice. [Alice n’est pas comme ça. Elle est si belle, si parfaite, si blonde et si rose. Ce n’est pas Alice que je vois, non non, c’est encore un de ses jeux, une malice ! C’était des Alice ratées, des fausses, des coquilles, des poupées, des passe-temps, mais pas mon Alice. Ce ne sont que des poupées qu’elle utilise pour me rendre plus fou que je ne le suis, et il n’y a pas plus fou qu’un Chapelier.] Jervis prenait petit à petit conscience que ces fillettes-là avaient un jour prit le thé avec lui. Il aurait été bien incapable d’expliquer réellement ce qui s’était passé avec elle mais il avait la sensation que la partie de thé avait été un échec avec chacune d’entre elles. Sa tête lui semblait si lourde avec cette montée de souvenir qui dévastait sa tête. Il aurait tout donné pour un thé calme à ce moment-là. Ou tuer n’importe qui. Il serra les dents, sifflant entre ses lèvres toute la rage qui semblait prêt à exploser.

- Arrêtez de faire ça, stop. Je ne veux pas. Je n’aime pas ce jeu. Allez-vous-en ! Je ne me suis pas trompée, Alice était cachée. C’est elle qui m’a joué un tour et vous ne la connaissez pas. Elle est intelligente, bien plus que vous pauvre macaque. Même la Reine ne voudra pas de vous comme carte. Vous n’êtes rien et moi je suis tout pour elle, comme elle est tout pour moi. Parfois, elle dépasse les bornes mais c’est une enfant, elle fait juste de grosses bêtises. Sa voix se fit dure : c’est une coquine, une vilaine petite,… mais qu’est-ce que je l’adore. Nos parties de thé me manquent… Allez, enlevez moi ça. Je veux retourner dans ma cellule maintenant !

Son corps trahissait sa rage, sa crainte et son dégout. Un trop plein de sentiment négatif qui le laissait tout craintif, comme un rongeur dans une nouvelle cage. S’il était vraiment cet animal, surement tournerait-il en rond dans la pièce pour chercher une sortie, ou gratterait-il la porte en bois de ses doigts. N’était qu’un homme, et bien ligoté, il ne pouvait que gigoter sur sa chaise et laissant transparaitre un visage contrarié et anxieux. Il était prévisible que le psychiatre observe ses troubles mais bien moins qu’il en jouait. Jervis ne voyait qu’un [petit imbécile, il veut que la reine me tue, il veux me priver de chapeau, de thé et d’Alice, non non, il ne faut pas le laisser faire !]. Surtout que le Docteur Crane voyait bien dans son jeu, mais est-ce qu’il jouait complètement notre pauvre Chapelier ? Il était à la fois conscient et inconscient de son propre comportement. Il pouvait avoir des réflexions bien adultes et bien censé, comme le scientifique de génie qu’il avait été, tout en ayant des caprices d’enfant. Où était le vrai Jervis dans toute cette comédie ? Avait-il un jour été réellement « normal » ? Il était facile de voir comment l’univers de Lewis Caroll avait pris place dans sa tête. Un esprit faible dans un corps chétif qui refusait de grandir, un enfant sans amis et amoureux d’une petite blonde, un livre pour seul compagnie, un père Chapelier, le rejet, le rejet et encore le rejet. Toute cette frustration accumulée avait fini par avoir raison de sa santé mentale et se fut alors pour lui [La libération. Vivre dans un rêve, avoir conscience d’être un rêve. Tout est plus beau dans mon monde, pourquoi les gens ne se laissent pas tenter ? Je peux les libérer de leur prison insipide et poisseuse, monotone et monochrome. Puante même ! Que l’on me sorte de ma cellule et je les libérerais de la leur. Il ne suffit que d’un chapeau et de quelques thés. Mes thés spéciaux. Ma spéciali-thé.] Il comprenait les paroles de Crane, cependant, il ne pouvait que les interpréter que dans le sens qui lui arrangeait ou mentir pour garder sa réalité intacte. Jamais il ne pourrait admettre que tout son monde n’était que le paradis qu’il s’était forgé à force de solitude et de maltraitance, mais en avait-il totalement conscience aussi ? Personne, même nous cher lecteur, ne serait le dire. Il jouait sur plusieurs plans et adoraient ça. Il était un génie perdu, un asocial amoureux fou et un patient  étrange, mais qui ne l’était pas à Arkham !

- Je ne mens jamais. Le mensonge, c’est mal ! Je ne fais que conduire les autres vers ma vérité, chantonna-t-il en se dandinant d’un côté et d’un autre, en rythme. C’est tout à fait différent. C’est ce que je faisais avant et c’est ce que je fais encore aujourd’hui, oui oui oui. Je libère l’esprit mais vous enfermez le mien, coquasse, n’est-ce pas ? Et on dit que c’est moi le fou ! Mais nous sommes tous fous ici, autant moi que vous. Nous le sommes tous au Pays des Merveilles.

Un léger sourire flotta sur ses lèvres vite remplacé par la colère. C’était une phrase incroyablement censée venant de la bouche de Jervis, à n’en point douter. Il avait construit une petite machine capable de contrôler le cerveau humain, cela avait si bien marché sur les souris alors les humains, vous imaginez. Bien sûr, ce ne fut pas au gout de son patron. [Il m’a dit que j’étais fou, il m’a parlé de liberté mais quelle liberté ? Nous sommes tous dans un rêve, mais ce n’est pas notre rêve. Maintenant, je peux faire en sorte que les gens voient tout ça, sans plus me soucier de ces sales bourgeois plein aux as qui ne comprennent rien, c’est bien trop complexe, tout comme pour Alice.]

- Maintenant, pourquoi je répondrais à vos questions ? Ce n’est pas très poli de ne pas répondre à son invité ! Je vous ai posé des questions et vous n’avez point tenté d’y répondre, je suis très déçu, fâché même ! Avez-vous oui ou non du thé -surtout que l’on offre toujours une boisson chaude lorsque l’on est un bon hôte. Et mieux, OU EST MON CHAPEAU ?!

Il rugit ses dernières paroles. La violence n’était que la marque d’un profond malaise ici. Il n’aimait pas ce docteur. Il le regardait différemment et lui parlait différemment. Était-il réellement docteur ou un [Emissaire de la reine ?]. C’est là qu’il se leva. Jervis crut son calvaire finit et qu’il allait enfin pouvoir rentrer dans sa cellule et demander du thé aux gardes puisqu’il était certain qu’ils répondraient plus favorablement à sa demande, il était tellement agaçant avec eux. Cependant, la séance était loin d’être terminée. Jervis tourna la tête pour mieux apercevoir la situation et il le vit alors verrouiller la porte. L’expression qui se dessina sur son visage en disait long sur sa stupeur : la bouche légèrement ouverte, les yeux écarquillés, une légère ride sur le front… Il revient s’asseoir sur son fauteuil comme si de rien n’était et notre Chapelier continuait de l’observer avec cette même impression de danger. Ce n’était pas normal et il s’y connaissait en folie.

- Nous en avons fini je crois bien. Nous ne dépassons jamais quarante-cinq minutes avec le docteur Nial, et le temps est précieux ! On ne joue pas avec le temps, sinon il ne vous écoute plus et vous restez bloqué à l’heure du thé. Sans thé en plus, ce serait un comble.

C’est là qu’il sortit de sa veste une seringue et qu’il lui parla de réalité. Jervis garda un œil sur l’objet, plus préoccupé par cela que par les bavardes de son curieux psychiatre. Quoi qu’il devait bien avouer que cette situation lui donnait envie de partir en courant. Il racontait une bonne partie des discours de ses prédécesseurs mais jamais encore quelqu’un l’avait fait avec ce type d’arme. Comme un terroriste avec une ceinture couverte de bombe qui se mettait à faire un monologue. Jervis se contenta de marmonner, l’oreille ayant capté l’allusion au livre de Lewis Caroll :

- Le lièvre de Mars m’aurait proposé une tasse de thé, lui.

Il se pencha alors vers lui et Jervis recula, le dos contre le dossier de sa chaise, bougeant les mains à travers sa camisole. Cette fois-ci, il était bien obligé d’écouter son discours en entier et la dernière réplique acheva de l’emprisonner dans une terreur muette. Il était soudain beaucoup moins bavard. [Alice existe. Je l’ai vu. Elle m’a embrassé. On a pris le thé ensemble. Sottise, sottise, comme tous les autres il ne comprend pas. Si seulement je pouvais lui montrer la vérité, lui faire prendre son envol comme Absolem. Avant de le laisser s’écraser.] Il ouvrit la bouche pour parler mais aucun son ne sortit à part un simple couinement. Il ferma le bec aussitôt alors qu’un nuage sombre venait assombrir la pièce, comme si tous les éléments venaient s’imbriquer comme dans un cauchemar. Un éclair déchira l’air, faisant sursauter la pauvre créature qu’il était alors qu’enfin le docteur Crane lui demanda la question qui allait changer la tournure de cette journée.

- J'aimerai savoir une chose Monsieur Tetch, une chose à laquelle j'aimerai que vous répondiez sérieusement et intelligemment, c'est à dire sans me mentir car je le saurai tôt ou tard ... Quel est votre pire cauchemar ?

Il répondit presque aussitôt, et peut-être trop rapidement sans doute. L’enfant capricieux faisait son retour, une voix prenant de drôle d’aiguë.

- MES QUESTIONS D’ABORD !

Cependant, quelque chose au fond de lui le poussa à répondre quelque chose. Alors il dit la première chose qui lui passa à l’esprit, quelque chose de si naturelle chez lui qu’il ne douta pas de sa vérité. Il associa de grandes figures de son délire : la violence et la douceur, la mort et l’amour, la Reine de Cœur et Alice.

- Que la Reine me coupe la tête sans avoir pu retrouver Alice… Elle existe, elle existe je le sais. Je l’ai vu. Elle m’a pris la main, elle m’a donné un baiser, elle a bu mon thé, manger mes gâteaux, enchaina-t-il rapidement dans un seul souffle. C’est la preuve qu’elle existe et il faut que je la retrouve !

Il balança ses pieds, incapable de toucher le sol avec ses jambes trop courtes, faisant se balancer sa chaise d'avant en arrière de façon légère. Il était incapable de rester en place. Il le regarda, la bouche si serrée et la mâchoire si crispée qu’on aurait pu imaginer que sa tête allait exploser sous la pression. Il hésita un instant avant de demander avec une politesse curieuse :

- Pouvons-nous nous stopper là, s’il vous plait Docteur ? Je ne me sens pas bien.


Et ça, c’était sans doute la plus grande vérité qu’il pouvait dire dans cette salle. Le docteur Crane le faisait se sentir très mal.





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MessageSujet: Re: Une question de réalisme [Jervis Tetch & Jonathan Crane]   Mar 31 Mar - 20:37


Une question de réalisme
& Jervis Tetch


Je soupirais de nouveau, la thérapie commençait à me fatiguer. Bien qu'il soit très difficile de me mettre en colère ou pour moi de jeter un patient plus tôt que prévu dans sa cellule, j'avouais que les délires incompréhensibles de Jervis m'ennuyais et me laissait perplexe. Biensûr, quand on travaille ici, on sait ce qui nous attend. Des gens au passé presque parfait, quelques bavures, quelques ombres au tableau mais bien souvent, ceux qui était martyrisés durant leur enfance arrivait à surpasser leurs traumatismes pour combattre. Mais il y a les autres, ceux qui s'enfonce dans cette mélodie de tourments sans fin, allant jusqu'au crime. Jervis était quelqu'un de dangereux, pas pour moi, ni pour les autres médecins, sauf ceux qui étaient assez bête pour avoir de la compassion pour lui. J'avais juste l'impression d'avoir un enfant meurtrier devant moi, ces gamins qui vous donnent froid dans le dos, qui parlent de la façon dont ils ont étranglé leur petite sœur dans le berceau sans rien éprouver.
Ce métier rend bien souvent dingue mais surtout, il ne vous montre pas la meilleure facette des gens, tout être humain peut-être votre assassin, même un jeune homme qui paraît avoir 10 ans. Je l'observais avec un regard noir, écoutant chacun de ses dires, je notais tout avec minutie. Tout ce qu'il disait était important pour l'analyse même si il était difficile à suivre. Oh, il ne m'impressionnait pas, nullement. Mais il m'intriguait. Je n'étais pas d'un instinct très paternel et je n'avais pas le don pour m'exprimer avec les enfants. C'était peut-être pour ça qu'il grognait à chacune de mes questions, chacun de mes dires. Allez dire non à un gamin, il se roulera par terre mimant une fin du monde imminente si on ne répond pas à ses besoins. C'était tout à fait ce qu'il se passait. Jervis devenait dingue, s'énervait sans devenir violent car il ne maîtrise pas la situation. C'est pour cela que des gamines mourraient sous ses doigts, car elles ne se laissaient pas faire. Normal.
Je ne pensais pas qu'il allait répondre à ma question. Je pensais qu'il allait fuir, comme toujours, me réclamant son thé et son chapeau, je ne céderais hélas, pas. Je fronce les sourcils, la Reine, toujours Alice. Obsession. Je souligne plusieurs fois le mot avec mon stylo. Je me demandais si il était réellement possible de se créer des souvenirs aussi précis. Alice et son thé, bien que la référence était très proche du livre de Carroll. J'émis l'hypothèse qu'une jeune femme ai peut-être existé dans son passé. L'obsession pour une femme, ce serait pour cela qu'il se fixe sur le même visage, le même style de femme. Il ne l'a jamais eu, cela n'a pas été réciproque. J'inspirais longuement, inscrivant chacune de mes suppositions sur une page. Mes lunettes glissèrent, je les relevais du bout de l'index. La scène était assez folklorique, quoi que, un brin étrange. Mon air sérieux et professionnel contrastait avec l'attitude enfantine de Jervis qui se balançait sur sa chaise. C'est alors qu'il me demanda si il pouvait partir. Je n'avais aucunement besoin qu'il reste pour l'instant, bien que ces paroles me donnaient des informations intéressantes et très utiles, il était bien trop dévoré par sa nervosité.
Je levais un doigt et fis signe aux infirmiers de venir chercher Jervis.

- M'oui allez-y, à demain Monsieur Tetch.
Mon regard froid ne se détacha pas de la feuille, la mine du stylo plantée dans le papier. Je fis fuir quelques mèches de cheveux et releva doucement la tête, perdu dans mes pensées. Ce dont souffrait Jervis pouvait avoir un lien avec quelque chose que son esprit malade avait transformé ? Je notais qu'il fallait retrouver des personnes de son entourage, questionner ses parents avec un peu plus de ténacité que son ancien psychiatre qui n'avait pas réussi à leur faire dire quelque chose de concret. J'attrapais son dossier, cherchant des noms, des numéros de téléphone. Il était impossible que je réussisse à trouver la faille dans l'esprit de cet homme si je ne savais pas tout de lui. Absolument tout. De ses camarades de classe qui le bousculait à sa première petite amie boutonneuse. Je notais qu'à notre prochaine séance, il fallait que je le questionne sur ses relations amoureuses, bien que je restais persuadé qu'il me parlerait d'Alice. Encore et toujours. Je ne savais pas comment m'y prendre. La situation était grave, bien que je n'accorde pas plus d'importance à un genre ou un type, voir un homme de la trentaine s'en prendre à des fillettes de manière obsessionnelle allant jusqu'à les tuer pour les faire faire ce qu'il veut, même moi cela me faisait tiquer. Pourtant, je ne suis pas celui que l'on impressionne avec ces sottises morbides.
Je détestais me sentir troublé. Jouait-il à un jeu ? Me faisait-il croire qu'il était cet imbécile ? Etait-il bien plus conscient qu'il ne le laissait paraître ? Se jouait-il de moi ? Je notais aussi cette possibilité. Tout est possible aujourd'hui, il pouvait très bien être un très bon comédien et mimer un comportement innocent tout en sachant pertinemment ce qu'il fait. Peut-être que les petites filles l'amusait ? Tout était envisageable et je savais que j'allais mettre du temps à percer le secret étrange de Jervis Tetch. Mais cela me plaisait. J'aimais le risque tout autant qu'être intrigué. Cela me change des cas simplistes qui m'ennuie que je vois défiler tous les jours. Je posais le stylo sur le bord de mes lèvres, réfléchissant au sujet de la prochaine thérapie, il fallait que je trouve ce qui allait le résonner ou ce qui allait lui faire dire quelque chose d'intéressant. C'était un jeu à celui qui allait être le plus mâlin et, j'espérais y gagner. Lentement je me redresse, récupérant feuilles éparpillées et bouts de dossier que je tassais de nouveau avec douceur. Lentement, je sors de la pièce, laissant la porte claquer derrière moi, je m'approche à pas de loup de la secrétaire, elle relève les yeux.

- La séance s'est bien passée, docteur ? Questionna t-elle.
- Très bien, posez un nouveau rendez-vous dès demain matin, je suis matinal.

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Une question de réalisme [Jervis Tetch & Jonathan Crane]

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